Le métier
Cuisiner avec du vin
Il vous reste du vin ? Utilisez-le. Beurre blanc, bœuf bourguignon, sauce au vin, moules, risotto, les règles et les recettes.
- Ce que le vin fait dans un plat
- La règle du vin qu'on boit
- Rouge, blanc, rosé, lequel choisir
- Le beurre blanc, la technique mère
- Le bœuf bourguignon, le braisé au rouge
- Les moules marinières, le plat le plus simple
- Le risotto, l'usage noble du fond de bouteille
- Les sauces rapides, déglacer au vin
- Ce qu'on peut faire avec une fin de bouteille
Le vin en cuisine n’est pas un gadget. C’est un ingrédient à part entière, acide, alcooleux, aromatique, qui transforme une sauce, attendrit une viande et donne à un plat une profondeur qu’on ne peut pas reproduire autrement. La règle fondamentale est simple : cuisinez avec ce que vous boiriez. Pas avec le pire vin que vous possédez.
Ce que le vin fait dans un plat
Il attendrit. L’acidité et les tannins du vin dénaturent les protéines en surface. Une marinade au vin rouge ramollit les fibres musculaires et permet aux arômes de pénétrer. C’est pourquoi le gibier et les viandes dures (bœuf, agneau de braisage) bénéficient d’une marinade longue.
Il déglaçe. Après une saisie à la poêle, les sucs caramélisés collés au fond (les “sucs de rôtissage”) se dissolvent dans le vin qu’on verse. C’est la base de toute sauce au vin. Ces sucs sont concentrés en saveurs, le vin les récupère et les redistribue dans la sauce.
Il réduit. En chauffant, l’alcool s’évapore (vers 78°C) et les arômes se concentrent. Une réduction de vin est plus intense que le vin lui-même, c’est pourquoi on commence souvent avec une quantité qui semble excessive.
Il équilibre. L’acidité du vin équilibre le gras d’une sauce à la crème ou d’un beurre blanc. Les tannins d’un rouge structuré contrebalancent le sucre naturel des carottes ou des oignons dans un braisé.
La règle du vin qu'on boit
Ne cuisinez jamais avec un vin que vous ne boiriez pas.
Pas parce que c’est du snobisme. Parce que la cuisson concentre les défauts autant qu’elle concentre les qualités. Un vin acide qui pique en bouche donnera une sauce qui pique. Un vin plat et sans acidité donnera une sauce plate. Un vin oxydé donnera un goût de vieux.
Ça ne veut pas dire cuisiner avec vos meilleurs flacons. Un vin honnête à 8–12€ fait très bien l’affaire. Ce que vous cherchez : de l’acidité, du fruit, de la structure. Pas de la complexité, la chaleur l’efface de toute façon.
Ce qu’on n’utilise pas : le vin bouchonné (la TCA résiste à la chaleur), le vin trop acétique (la sauce sera vinaigrée), le vin très oxydé. Tout le reste peut servir.
Rouge, blanc, rosé, lequel choisir
Le rouge pour les viandes rouges, le gibier, les champignons, les oignons caramélisés, les sauces longues. Ses tannins donnent de la structure à la sauce et sa couleur colore le jus. Évitez les rouges très tanniques jeunes (Madiran, Cornas), les tannins en réduction deviennent amers. Préférez le Grenache, le Merlot, la Syrah, le Pinot Noir.
Le blanc sec pour les poissons, les coquillages, la volaille, les sauces à la crème, le beurre blanc, le risotto. Son acidité est l’alliée naturelle du gras. Muscadet, Sauvignon, Mâcon, Côtes du Rhône blanc, tous fonctionnent.
Le rosé, rarement utilisé en cuisine mais pas interdit. Pour un braisé de lapin léger ou une sauce pour poisson gras (saumon), un rosé sec peut remplacer le blanc avec une légère profondeur supplémentaire.
Le vin doux et le muté (Porto, Madère, Banyuls, Marsala), pour les sauces sucrées-salées, le foie gras poêlé, les desserts. Le Porto réduit sur un magret. Le Banyuls avec le chocolat. Le Madère dans une sauce aux champignons. Ces vins résistent à la chaleur et leur alcool élevé aide la réduction.
Le beurre blanc, la technique mère
Le beurre blanc est la sauce au vin la plus française qui soit. Née en Anjou, autour de Muscadet, elle enseigne tout ce qu’il faut savoir sur le vin en cuisine.
La recette de base (pour 4) : 2 échalotes finement ciselées, 15 cl de Muscadet (ou blanc sec acide), 5 cl de vinaigre blanc, 200 g de beurre froid en petits dés, sel, poivre blanc.
La méthode : faites suer les échalotes à sec (sans matière grasse) dans une casserole à fond épais. Ajoutez le vin et le vinaigre. Réduisez jusqu’à ce qu’il reste 2 cuillères à soupe de liquide. Sur feu très doux (ou hors feu si la réduction est très chaude), incorporez le beurre froid morceau par morceau en fouettant constamment. Le beurre fond et s’émulsionne dans la réduction acide. Assaisonnez. Servez immédiatement.
Pourquoi l’acidité est essentielle : c’est l’acide du vin et du vinaigre qui stabilise l’émulsion beurre. Sans acidité suffisante, la sauce tranche (le beurre se sépare). C’est pour ça que le Muscadet fonctionne si bien, son acidité naturelle est parfaite.
Ce qu’on peut varier : ajoutez des herbes (estragon, cerfeuil, ciboulette) après l’incorporation du beurre. Remplacez une partie du vinaigre par du jus de citron. Ajoutez une cuillère de crème en début de réduction pour une sauce plus stable. Faites infuser du safran dans la réduction pour un beurre blanc safran.
Le bœuf bourguignon, le braisé au rouge
C’est le plat qui a rendu célèbre le principe “cuire dans le vin qu’on boit”. Le bœuf bourguignon n’est pas une recette, c’est une technique de braisage au vin rouge qu’on applique à n’importe quelle viande.
Le principe : faire revenir les morceaux de bœuf (paleron, joue, gîte) dans de la matière grasse jusqu’à coloration. Déglacez au vin rouge, une bouteille entière pour 6 personnes. Ajoutez un bouquet garni, des carottes, des oignons, de l’ail. Couvrez et cuisez 3 heures à four doux (150°C) ou sur feu très doux. La collagène des morceaux à mijoter fond progressivement et donne à la sauce sa texture gélatineuse naturelle.
Le vin : Bourgogne rouge idéalement (Côte de Nuits village, Mâcon rouge), mais un Côtes du Rhône, un Bergerac ou un Languedoc rouge honnête font très bien l’affaire. Évitez les rouges trop jeunes et trop tanniques, les tannins en réduction longue deviennent astringents.
L’astuce du fond : faites flamber le vin dans la casserole avant d’ajouter le reste, l’alcool part d’un coup et les arômes se concentrent sans le côté “cuit” de l’alcool en réduction lente.
Les moules marinières, le plat le plus simple
Les moules marinières sont probablement la recette qui utilise le vin de la façon la plus directe et la plus efficace.
La recette (pour 2) : 1 kg de moules nettoyées et grattées, 1 échalote ciselée, 1 verre (15 cl) de Muscadet ou blanc sec, 30 g de beurre, persil haché, poivre.
La méthode : faites suer l’échalote dans le beurre. Ajoutez les moules et le vin. Couvrez et cuisez à feu vif 3 à 4 minutes en secouant la cocotte régulièrement. Quand les moules sont ouvertes, elles sont cuites. Poivrez, ajoutez le persil. Servez avec le jus de cuisson.
Le vin dans le jus : le jus de cuisson des moules est l’un des bouillons les plus délicieux qui existe, iodé, beurré, légèrement acide grâce au vin. Trempez-y du pain. Versez-le sur des pâtes. Utilisez-le pour cuire un risotto.
Ce qu’on peut faire avec le reste du vin : servez le même vin qu’à la cuisson au verre avec les moules. C’est l’accord parfait par définition, le vin a cuisiné avec les moules, il les accompagne.
Le risotto, l'usage noble du fond de bouteille
Le risotto demande 10 à 15 cl de vin blanc par portion, soit exactement ce qu’il reste souvent au fond d’une bouteille de la veille.
Le principe : les grains de riz sont d’abord “nacrés” dans du beurre et de l’échalote (jusqu’à ce qu’ils deviennent translucides). Puis on verse le vin, il doit grésiller et être absorbé en 1 à 2 minutes avant d’ajouter le bouillon louche par louche. Cette première absorption de vin est essentielle : c’est elle qui donne au risotto son acidité légère et sa complexité aromatique.
Quel vin : blanc sec et acide de préférence (Muscadet, Mâcon, Sauvignon, Pinot Grigio). Évitez les blancs trop aromatiques (Gewurztraminer, Viognier) qui domineraient le plat. Un rosé sec peut remplacer le blanc pour un risotto de fruits de mer.
L’astuce : si vous servez un blanc avec le risotto, utilisez exactement le même vin à la cuisson. L’accord vin-plat est automatiquement parfait.
Les sauces rapides, déglacer au vin
C’est la technique la plus rapide et la plus utile en cuisine quotidienne. Après avoir fait sauter une viande, un poisson ou des légumes à la poêle, déglacer au vin prend 2 minutes et produit une sauce complète.
La méthode : retirez la viande de la poêle. Sur feu vif, versez un verre de vin dans la poêle chaude. Grattez immédiatement avec une spatule pour décoller les sucs caramélisés, ils se dissolvent dans le vin en quelques secondes. Laissez réduire de moitié (1 à 2 minutes). Montez au beurre froid (1–2 noix) hors feu pour lier et enrichir la sauce. Assaisonnez et servez.
Pour une volaille : blanc sec (Mâcon, Bourgogne blanc, Chenin) + crème si désiré + herbes fraîches.
Pour un magret ou un steak : rouge structuré (Cahors, Madiran, Bordeaux) + une noix de beurre + thym.
Pour des saint-jacques : Muscadet ou Chablis + beurre + estragon. La sauce doit rester très courte, pas plus de 3 minutes de réduction.
Pour un foie gras poêlé : Sauternes, Porto blanc ou Banyuls ambré, versez en fin de cuisson, laissez caraméliser 30 secondes. La sauce doit être sirupeuse.
Ce qu'on peut faire avec une fin de bouteille
Il reste 10 cl de rouge au fond de la bouteille de la veille. Voilà ce qu’on peut en faire sans se poser de questions.
Dans une vinaigrette : remplacez une partie du vinaigre par du vin rouge réduit de moitié. Pour une salade de mâche ou de frisée avec des lardons.
Dans une marinade express : vin rouge, ail, herbes, huile d’olive. 30 minutes suffisent pour un blanc de poulet ou une côtelette d’agneau.
Pour braiser des oignons ou des échalotes : faites-les revenir dans du beurre, ajoutez le reste de vin rouge, couvrez et cuisez à feu très doux 20 minutes. Les oignons confits au rouge sont extraordinaires sur un steak ou dans une tarte fine.
Dans un cake salé : remplacez une partie du lait par du vin blanc dans un cake salé. Le vin donne de la légèreté et une acidité discrète.
Pour un court-bouillon : vin blanc, aromates, eau, pour pocher un poisson, des crevettes ou des légumes. Le vin parfume doucement sans dominer.
Pour pocher des poires ou des coings : vin rouge, sucre, épices (cannelle, badiane, clou de girofle), zeste d’orange. Les fruits pochés au vin rouge sont un dessert d’hiver simple et élégant. Le syrop de pochage réduit fait un coulis parfait.