Histoire

Le vin dans l'Histoire

Des amphores grecques aux caves de Versailles, le vin a traversé les siècles en compagnie des rois, des poètes et des savants. Trois entrées pour explorer cette longue histoire.

Le vin et ses grandes figures

Jules César et les Gaules

Ier siècle av. J.-C.

En conquérant la Gaule, Rome ne s'empare pas seulement d'un territoire — elle y transplante la vigne. Les légions plantent des cépages dans la vallée du Rhône, en Bourgogne, en Bordelais. César lui-même consigne dans ses Commentaires l'abondance des vins gaulois. Ce sont ces plants romains qui forment l'ossature de la viticulture française actuelle.

Charlemagne et le Corton

VIIIe – IXe siècle

La légende veut que Charlemagne ait demandé à ses vignerons de planter la colline de Corton en blanc : sa barbe blanche trahissait les taches de vin rouge. Réelle ou non, l'anecdote illustre l'implication directe de l'empereur dans la viticulture de son domaine. Le grand cru Corton-Charlemagne (Côte de Beaune) porte encore son nom.

Louis Pasteur et la fermentation

XIXe siècle

En 1857, Pasteur démontre que la fermentation alcoolique est l'œuvre de micro-organismes vivants — les levures — et non une simple réaction chimique. Sa découverte transforme la vinification : on comprend pourquoi les vins tournent à l'aigre et comment l'éviter. Ses travaux sur la pasteurisation, commandés par Napoléon III pour sauver les vins d'exportation, fondent l'œnologie moderne.

Dom Pérignon et la bulle

XVIIe siècle

Le moine bénédictin Pierre Pérignon (1638–1715), cellérier de l'abbaye d'Hautvillers, n'a pas inventé le Champagne : la prise de mousse en bouteille était déjà connue en Angleterre. Son génie tient à l'assemblage de crus différents pour homogénéiser la qualité, et au bouchon en liège fixé à la ficelle. Il aurait dit à ses frères : « Venez vite, je bois des étoiles. » L'histoire n'en garde aucune trace écrite — mais elle a traversé les siècles.

Le phylloxéra et la catastrophe

1863 – 1900

Entre 1863 et 1900, un puceron microscopique venu d'Amérique du Nord — Daktulosphaira vitifoliae — détruit les deux tiers du vignoble français. Les racines des vitis vinifera européens n'ont aucune résistance. La solution viendra d'Amérique elle-même : greffer les plants français sur des porte-greffes américains immunisés. Presque tout le vignoble mondial est aujourd'hui greffé — une révolution invisible dans chaque verre.

Madame Clicquot et le pupitre

1805 — Reims

Veuve à 27 ans, Barbe-Nicole Ponsardin prend la tête de la maison Clicquot en plein blocus napoléonien. Elle invente le pupitre de remuage : une planche percée de trous inclinés qui permet de faire descendre progressivement le dépôt dans le col de la bouteille pour l'expulser proprement. Cette technique — le remuage — est encore utilisée dans toute la Champagne. Elle est aussi la première femme à diriger une grande maison de négoce européenne.

Thomas Jefferson et les grands crus

1784 – 1789 — Paris

Ambassadeur des États-Unis en France, Thomas Jefferson parcourt les vignobles bordelais et bourguignons et envoie des caisses de Château Haut-Brion et de Meursault à la table présidentielle américaine. Il tient un cahier précis de ses dégustations, note les millésimes, compare les terroirs. Ses lettres constituent un des premiers documents critiques sur le vin français. Une bouteille présumée de sa cave — gravée « Th.J » — a été adjugée 156 000 dollars chez Christie's en 1985.

Robert Parker et la note sur 100

1978 — États-Unis

En 1978, un avocat du Maryland lance une newsletter gratuite — The Wine Advocate — et invente la notation du vin sur 100 points, inspirée du système scolaire américain. Sa note réoriente les goûts mondiaux : les vignerons adaptent leur vinification pour plaire à son palais (vins concentrés, tannins fondus, bois neuf). Ce phénomène — le « parkerisation » — déclenche un débat sur la standardisation des goûts qui n'est pas éteint.