Le métier
Lire une étiquette
Déchiffrer n'importe quelle bouteille de A à Z
Une étiquette de vin contient beaucoup d’informations, certaines obligatoires, certaines facultatives, certaines trompeuses. Savoir les lire, c’est ne plus jamais acheter une bouteille en aveugle.
Ce qui est obligatoire en France et en Europe
La dénomination, appellation (Bourgogne, Sancerre, Côte-Rôtie) ou mention générique (Vin de France, IGP Pays d’Oc). C’est l’information la plus importante.
Le volume, 75 cl standard, 37,5 cl (demi-bouteille), 150 cl (magnum).
Le degré d’alcool, exprimé en % vol. Indicateur indirect du style : un blanc à 12% sera plus frais qu’un blanc à 14,5%.
Le pays d’origine, obligatoire.
La mention « contient des sulfites », obligatoire au-delà de 10 mg/L, c’est-à-dire presque tous les vins.
Le numéro de lot, pour la traçabilité, souvent un code imprimé sur l’étiquette ou la contre-étiquette.
L’embouteilleur, le nom et l’adresse de celui qui a mis le vin en bouteille. Peut être différent du producteur.
Ce qui est facultatif mais très informatif
Le millésime, l’année des vendanges. Non obligatoire mais présent sur la plupart des vins de qualité. Voir la fiche Millésimes.
Le cépage, obligatoire en IGP et Vin de France si mentionné, facultatif en AOP. En Alsace et en Alsace seulement, le cépage est traditionnellement indiqué sur les AOP. Ailleurs, les AOP françaises ne le mentionnent généralement pas, c’est le nom de l’appellation qui suppose le cépage.
La mention « Mis en bouteille au domaine / château / propriété », le vin a été embouteillé là où il a été produit. Signal positif de traçabilité et d’authenticité.
« Mis en bouteille par… », sans « au domaine », le producteur et l’embouteilleur sont différents. Le négoce.
Le nom du domaine ou château, peut être protégé (Château Pétrus, Domaine de la Romanée-Conti) ou générique. Un château peut être une bâtisse ou juste un nom commercial.
Le classement, Grand Cru, Premier Cru, Grand Cru Classé, Cru Bourgeois… Chaque région a sa hiérarchie. Voir la fiche Appellations.
Décrypter une étiquette française type
Prenons une bouteille imaginaire : « Domaine Martin, Gevrey-Chambertin Premier Cru Les Cazetiers, 2019, Bourgogne, 13% vol, 75 cl, Mis en bouteille au domaine »
Domaine Martin → le producteur. C’est lui qui fait le vin.
Gevrey-Chambertin → l’appellation AOP. Village de la Côte de Nuits en Bourgogne.
Premier Cru → deuxième niveau dans la hiérarchie bourguignonne (après les Grands Crus).
Les Cazetiers → le nom du lieu-dit (la parcelle précise). En Bourgogne le lieu-dit est l’unité de base du terroir.
2019 → millésime réussi en Bourgogne.
13% → alcool modéré pour un rouge de Bourgogne, signe d’un millésime équilibré.
Mis en bouteille au domaine → le vigneron a tout fait lui-même. Pas de négoce.
Ce qu’on ne voit pas sur l’étiquette mais qu’on sait : c’est du Pinot Noir (seul cépage rouge autorisé en Bourgogne AOP rouge).
Les étiquettes étrangères, les grandes différences
Italie, complexe. Les appellations DOCG (équivalent Grand Cru) et DOC (équivalent AOP) coexistent. Le cépage est parfois indiqué (Barbera d’Asti), parfois pas (Barolo = Nebbiolo, Chianti = Sangiovese). La mention « Riserva » indique un élevage plus long.
Espagne, le temps d’élevage est clairement indiqué : Joven (jeune, peu ou pas de bois), Crianza (6 mois en fût minimum), Reserva (12 mois minimum), Gran Reserva (18 mois minimum). DO et DOCa sont les appellations équivalentes.
Allemagne, le plus complexe. La hiérarchie est basée sur la maturité du raisin à la vendange : Kabinett (léger), Spätlese (vendanges tardives), Auslese, Beerenauslese, Trockenbeerenauslese (ultra-concentré). « Trocken » = sec. « Halbtrocken » = demi-sec. Le cépage est presque toujours indiqué.
Nouveau Monde (USA, Australie, Argentine, Chili), généralement plus simples à lire. Le cépage est presque toujours mentionné en premier. La région est indiquée (Napa Valley, Barossa Valley, Mendoza). Pas de hiérarchie d’appellations complexe.
Qui a fait le vin, les statuts du producteur
C’est souvent la mention la plus importante qu’on ne lit pas. Derrière « mis en bouteille par » se cache tout un système de production qu’il faut savoir décoder.
Domaine / Propriété, le vigneron possède ses vignes, les cultive, vinifie et met en bouteille lui-même. C’est la chaîne complète. « Mis en bouteille au domaine » ou « à la propriété » est le signal de cette intégration. Maximum de traçabilité.
Château, même principe qu’un domaine, mais le terme est surtout utilisé à Bordeaux. « Mis en bouteille au château » est une garantie bordelaise. En dehors de Bordeaux, le mot « Château » n’est pas réglementé, n’importe qui peut l’utiliser sans posséder ni vignes ni bâtisse.
Récoltant, le viticulteur récoltant cultive ses propres vignes. C’est sa principale distinction par rapport au négociant. En Champagne, la mention RM (Récoltant-Manipulant) sur la capsule signifie que la maison a fait elle-même son Champagne à partir de ses propres raisins. Souvent gage d’authenticité et de terroir identifiable.
Négociant, achète des raisins, des moûts (jus de raisin fermenté) ou des vins déjà faits à d’autres producteurs, puis les assemble, les élève et les vend sous sa propre marque. Le négoce n’est pas une tare, les grandes maisons de Bourgogne (Jadot, Drouhin, Faiveley) et de Champagne (Moët, Veuve Clicquot) sont des négociants. Leur rôle : donner accès à des appellations qu’un seul domaine ne pourrait pas couvrir, assurer une régularité de style d’une année sur l’autre.
Négociant-éleveur, achète des vins jeunes et les élève lui-même (fût, cuve) avant de les mettre en bouteille. Intermédiaire entre le simple assembleur et le vigneron. En Bourgogne c’est la forme la plus courante du négoce de qualité.
Cave coopérative, les viticulteurs apportent leurs raisins à une cave commune qui vinifie, élève et commercialise. Le vigneron membre n’a pas de cave propre. Certaines coopératives ont des résultats inégaux ; d’autres (Plaimont en Gascogne, les Vignerons Catalans…) font un travail remarquable. La mention « mis en bouteille à la coopérative » ou le nom de la cave indique ce statut.
Vigneron indépendant, terme marketing plus que juridique. Indique généralement un producteur qui cultive ses vignes, vinifie et commercialise lui-même, un domaine au sens strict. C’est souvent la même chose que « domaine », avec une connotation d’artisanat revendiqué.
En Champagne, les codes capsule
La capsule (le petit chapeau métallique sur le bouchon) porte un code à deux lettres qui indique le statut du producteur. C’est unique à la Champagne et très utile pour savoir à qui vous avez affaire.
NM, Négociant-Manipulant : achète des raisins ou des vins de base pour assembler. Les grandes maisons (Moët, Krug, Pol Roger, Bollinger) sont des NM. Pas péjoratif, certains NM font des Champagnes de très haut niveau.
RM, Récoltant-Manipulant : cultive ses propres vignes et fait son Champagne lui-même. Souvent plus identitaire, plus lié à un terroir précis. La tendance « grower Champagne » (vigneron champenois) s’est développée dans les années 2000-2010.
RC, Récoltant-Coopérateur : cultive ses vignes, apporte ses raisins à la coopérative, revend le Champagne produit sous son propre nom. Un hybride.
CM, Coopérative de Manipulation : la coopérative vinifie et commercialise sous sa marque propre. Nicolas Feuillatte est une CM.
SR, Société de Récoltants : groupement de vignerons qui font leur Champagne en commun sans passer par une coopérative.
MA, Marque Auxiliaire : marque de distributeur. Le Champagne est fait par un NM ou une coopérative et vendu sous une marque de supermarché ou de caviste. Souvent le moins cher, et parfois de très bonne qualité quand le distributeur est sérieux.
Les mentions de qualité réglementées, ce qui veut vraiment dire quelque chose
Grand Cru (Bourgogne, Alsace), réglementé, délimité, précis. Les parcelles historiques de référence. En Bourgogne il y a 33 Grands Crus ; en Alsace 51. Ce n’est pas une mention libre.
Premier Cru / 1er Cru (Bourgogne, Champagne), deuxième niveau réglementé. Parcelles de qualité supérieure au village, inférieures au Grand Cru.
Grand Cru Classé (Bordeaux), classement de 1855 pour le Médoc et Sauternes, classement révisable pour Saint-Émilion. Réglementé et hiérarchisé (1er, 2ème, 3ème, 4ème, 5ème Cru Classé).
Cru Bourgeois (Médoc), classement non officiel mais reconnu, révisé régulièrement. En dessous des Crus Classés mais souvent excellent rapport qualité-prix.
Reserva / Gran Reserva (Espagne), réglementé en Espagne, indique le temps d’élevage minimum. Pas libre comme en France.
Les mentions libres, à prendre avec précaution
Ces mentions n’ont aucune définition légale en France. Elles peuvent signifier quelque chose de réel chez un producteur sérieux, ou ne rien vouloir dire du tout chez un opportuniste.
« Vieilles vignes », pas de définition. En pratique, on considère qu’une vigne de plus de 30–40 ans mérite le terme. Mais une vigne de 12 ans peut légalement s’appeler « vieilles vignes ».
« Cuvée prestige / Exception / Réserve personnelle », rien. Totalement libre. Le marketing peut s’appeler « Cuvée Exception » sans que rien ne le justifie.
« Sélection parcellaire », indique que le vin vient d’une parcelle choisie plutôt que d’un assemblage. Souvent positif, mais pas réglementé.
« Naturel / Nature », aucune définition légale en France. Il existe des chartes privées (Vin Méthode Nature) mais elles ne sont pas obligatoires. Un vin peut s’appeler « nature » sans respecter aucun cahier des charges.
« Médaille d’or / d’argent », les concours sont nombreux. Le Concours Général Agricole de Paris est le plus sérieux. Beaucoup d’autres concours moins exigeants distribuent des médailles généreusement. Une médaille n’est pas une garantie.
La contre-étiquette, le verso qui dit tout
La contre-étiquette (au dos de la bouteille) est souvent plus informative que l’étiquette principale. On y trouve souvent : la description du vin par le producteur, les suggestions d’accords, la température de service, et parfois des informations sur le terroir et la vinification. Les meilleurs producteurs la rédigent avec soin, c’est un signal de qualité en soi.
Les pièges à éviter
« Château », en France ce mot ne protège rien juridiquement en dehors de Bordeaux. N’importe qui peut mettre « Château » sur une étiquette. Ça ne signifie ni une bâtisse, ni une qualité particulière.
« Vieilles vignes », aucune définition légale. Une vigne de 15 ans peut être appelée « vieilles vignes ». En général on considère qu’une vigne intéressante a plus de 30-40 ans, mais personne ne contrôle.
« Cuvée prestige / Exception / Réserve spéciale », en France ces mentions sont libres et ne garantissent rien. En Espagne, « Reserva » et « Gran Reserva » sont réglementés, mais pas en France.
« Médaille d’or », les concours sont nombreux, les médailles faciles. Une médaille d’or dans un concours peu sélectif ne dit rien sur la qualité réelle du vin.
Le design de l’étiquette, aucune corrélation avec la qualité. Certains grands vins ont des étiquettes austères et vieillottes. Certains vins ordinaires ont des étiquettes très soignées.