Le métier
Les millésimes
Pourquoi l'année sur l'étiquette change tout
Un millésime, c’est une année. Et chaque année est différente, la météo, les gelées, la sécheresse, la grêle. Le vigneron fait ce qu’il peut avec ce que la nature lui donne.
Ce que la météo fait au vin
Le printemps, les gelées tardives sont la hantise du vigneron. En avril-mai, les bourgeons sont fragiles. Une nuit à -2°C peut détruire 80% de la récolte. 2017 a été une année de gelées catastrophiques dans presque toute la France.
L’été, la chaleur est nécessaire pour mûrir le raisin, mais la canicule peut griller les baies. La sécheresse stresse la vigne, en petite quantité c’est bon, en excès c’est catastrophique. Les étés frais donnent des vins plus acides et frais (2021). Les étés très chauds donnent des vins riches en alcool (2003, 2022).
L’automne, la pluie juste avant les vendanges dilue et favorise la pourriture. Le soleil en septembre concentre et parfume. La date des vendanges devient une décision critique.
Grands millésimes récents
2005, un des plus aboutis du siècle pour Bordeaux et Bourgogne. Maturité parfaite, acidité préservée.
2010, remarquable pour les rouges de Bordeaux et du Rhône. Concentration, structure, fraîcheur.
2015, grand millésime partout en France. Été chaud, vendanges saines, vins riches et équilibrés.
2017, gel catastrophique. Petites récoltes, prix élevés. Les vins produits sont souvent concentrés.
2018, abondant et solaire. Vins riches, généreux, faciles à boire jeunes.
2019, millésime remarquable en Bourgogne. Peut-être le plus abouti de la décennie pour la Côte d’Or.
2021, petites récoltes mais des vins d’une fraîcheur et d’une acidité remarquables.
2022, canicule historique. Vins très mûrs, alcooleux, peu d’acidité. À boire tôt pour la plupart.
Le millésime selon la région
Un grand millésime à Bordeaux n’est pas forcément un grand millésime en Bourgogne. Chaque région a ses sensibilités.
Bordeaux, cherche les étés chauds et les automnes secs. 2005, 2009, 2010, 2016, 2019 sont des références.
Bourgogne, plus sensible aux aléas. Le Pinot Noir est fragile. 2005, 2010, 2015, 2019 sont les grands millésimes récents.
Champagne, préfère les étés frais qui préservent l’acidité indispensable aux bulles. Les millésimes sont déclarés seulement quand la qualité le justifie.
Loire, très sensible au printemps (gelées) et à l’automne (pluie). Les grands millésimes de Chenin Blanc vieillissent des décennies.
Rhône Sud, plus régulier grâce au Mistral. Le Grenache est résistant, la chaleur est presque toujours présente.
Comment lire un millésime sur une étiquette
L’année sur l’étiquette est l’année des vendanges, pas l’année de mise en bouteille, ni l’année d’achat.
Un vin sans millésime (NM, Non Millésimé) est un assemblage de plusieurs années. C’est la règle en Champagne non-millésimé : le chef de cave assemble différentes années pour un style constant. Ce n’est pas un défaut.
La règle pratique : pour les vins d’entrée de gamme, le millésime n’a que peu d’importance, ils sont faits pour être bus jeunes. Pour les vins de qualité, l’année compte. Pour les grands vins de garde, elle peut tout changer.
Ce que le changement climatique change
Le réchauffement redistribue les cartes. La Bourgogne vendangeait en octobre il y a 30 ans, aujourd’hui c’est souvent début septembre. L’acidité naturelle, qui était acquise, doit maintenant être préservée par des choix techniques.
Des régions autrefois trop froides, l’Angleterre, certaines zones d’altitude, deviennent intéressantes. Des régions historiquement chaudes voient leurs vins gagner en alcool et perdre en fraîcheur.
Les « mauvais » millésimes frais d’autrefois ressembleraient aux millésimes normaux d’aujourd’hui. Et les grands millésimes chauds comme 2003, autrefois une anomalie, deviennent la norme dans certaines régions.